2.05 RT – Les livres comme témoins de la circulation des savoirs dans les lieux d’interface linguistique

Nous nous proposons d’étudier le livre médiéval comme lieu d’expression des interactions entre communautés linguistiques, à la fois au sein de l’empire byzantin et dans ses “marges”, pendant la période allant du IXe au XIIIe siècle. L’Italie méridionale et la Sicilie ayant déjà fait l’objet de nombreuses études et de synthèses, on se concentrera plutôt sur la partie orientale de la Méditerranée et sur les régions qui ont constitué des lieux d’interface culturelle durant cette période: par exemple Antioche, le Mont Athos et la Cilicie mais aussi Constantinople même. Le livre médiéval, dans sa matérialité et son histoire, qu’il soit grec ou qu’il ait été utilisé par des Grecs, servira de point de départ et de support principal à la réflexion, afin de mettre en lumière les phénomènes d’interaction et de circulation des savoirs. On s’intéressera en particulier aux phénomènes suivants : (1) intervenants étrangers (commanditaires, copistes, enlumineurs, relieurs etc.) dans la production du livre grec et, inversement, intervenants hellénophones dans la production de livres dans d’autres langues; (2) annotations allophones dans des manuscrits grecs attestant l’usage de ceux-ci par des locuteurs non principalement hellénophones; (3) marques témoignant d’une activité de traduction, dans les livres, du grec vers d’autres langues ou inversement; (4) identification et analyse des livres (ou des familles de livres) utilisés pour produire une traduction; (5) manuscrits multilingues. L’analyse de ces traces matérielles nourrira la réflexion sur les milieux multilingues qui font usage de ces livres, sur les modalités de circulation des savoirs entre ces communautés, sur les transferts culturels entre l’empire byzantin et ses voisins.