3.46 TS – L’hagiographie de combat : le discours de l’altérité religieuse dans les vies des saints

La littérature hagiographique est souvent présentée comme une littérature de contes de fées, l’image d’un monde rendu parfait et pacifié par les pouvoirs du saint qu’elle célèbre. Bien que cette vision ait une part de vérité, il n’est pas difficile de trouver dans l’hagiographie du monde orthodoxe des textes focalisés au contraire sur des conflits de divers types, où le triomphe final du saint est bien là, mais acquis de haute lutte. L’antagonisme peut se présenter face à des ennemis, individuels ou collectifs, placés hors de la communauté qui produit le texte hagiographique — païens, infidèles, etc. —, ce qui fait souvent de l’hagiographie une sorte de continuation de la polémique religieuse par d’autres moyens, mais le conflit peut se situer aussi à l’intérieur de cette communauté, ce qui implique habituellement une redéfinition de l’identité et des limites de cette communauté (hérétiques : dedans ou dehors ?), ou de ses modes de fonctionnement (acceptation ou non de l’intercession du saint, relations avec le pouvoir épiscopal ou d’autres groupes religieux influents comme les moines, relations avec les laïcs, légitimation d’un pôle de pouvoir, etc.). L’hagiographie introduit donc ou construit un certain nombre de figures de l’autre, et met en scène des formes de lutte contre lui. Sans prétendre viser à une exhaustivité irréalisable sur un champ aussi vaste, nous proposons de réunir plusieurs études de cas qui permettraient de dégager des similitudes entre les textes à plusieurs niveaux, et des évolutions et des différences.