Le paysage sonore des campagnes militaires byzantines (VIIe-XIIIe siècle) : entre théorie et pratique
Le paysage sonore des campagnes militaires byzantines (VIIe-XIIIe siècle) : entre théorie et pratique
Pierrick GervalHS 1
Un des aspects majeurs de la culture byzantine réside dans l’importance accordée aux cinq sens. Cela a été particulièrement mis en évidence pour l’usage de l’encens dans les cérémonies religieuses ou impériales, la musique ou encore l’alimentation. À ce sujet, les travaux d’anthropologie religieuse menés par Béatrice Caseau illustrent l’intérêt heuristique d’une telle approche. Ce type de démarche n’a pas encore été conduit dans le champ de l’histoire militaire. Aussi nous proposons-nous de montrer que les auteurs byzantins, depuis les théoriciens de la stratégie militaire jusqu’aux chroniqueurs et aux historiens qui ont élaboré les récits de guerre, ont pleinement pris en compte le son, qu’il soit produit par des instruments ou par la voix, comme un outil de stratégie militaire et un moyen de rendre compte des émotions ressenties lors des sièges et des batailles. Cette analyse du paysage sonore qui confronte théorie militaire et pratique des combats fait appel à une riche documentation : des traités militaires (le Strategikon de Maurice, les Taktika de Léon VI, ou le De Velitatione de Nicéphore Phocas), des œuvres littéraires (les poèmes de Georges de Pisidie au VIIe siècle, Théodose le Diacre dans la seconde moitié du Xe siècle), des chroniques historiques (Théophane le Confesseur et le patriarche Nicéphore, Léon le Diacre, Skylitzès, ainsi que Jean Kinamos et Nicétas Choniatès) et des récits de témoins directs relatant la prise de grandes cités (Jérusalem en 614, Syracuse en 878, Thessalonique en 904 et 1185). Notre communication aura pour objet de présenter ce paysage sonore, dans la longue durée, afin de pouvoir mettre en évidence les évolutions qui accompagnent la situation politique et militaire de l’Empire à l’époque médio-byzantine.
