Sons de folie, sons de miracle et leur absence à Byzance. Question de foi, affaire de société ou licence poétique des hagiographes?

Sons de folie, sons de miracle et leur absence à Byzance. Question de foi, affaire de société ou licence poétique des hagiographes?

Nike Ekaterini KoutrakouHS 1

Le son et la folie sont liés en grec médiéval par l'usage des termes : ἐξηχία indique le fait de prononcer des paroles inintelligibles ou âpres, et ἔξηχος indique le fou, tandis que le sens premier du verbe correspondant est « faire entendre au loin, déclarer publiquement », ce qui place les sons dans le cadre de la société. Suivant ce lien, cette communication portera sur les sons mentionnés par l'hagiographie byzantine en décrivant (suivant le modèle de la guérison du possédé par Jésus-Christ) des guérisons des malades-démoniaques et autres scènes des miracles. Dans ces scènes, qui se passent souvent dans des lieux publics (rues, marchés, seuil ou intérieur des églises), les sons abondent : cris du malade (quand il n'est pas, comme le possédé de l'Évangile, réduit au silence), qui retrouve la parole sensée après l'intervention du thaumaturge-héros de l'hagiographe ; sons-prières du saint-guérisseur, bruits et sons d'émerveillement du public, et sons des miracles opérés au moyen d'une voix d'en haut, tous font partie des procédés de l'hagiographe. Son lexique comprend aussi d'autres sons : lamentations, paroles incompréhensibles, pleurs, hurlements, gémissements, jurons, parfois de faibles plaintes et vagissements, ou encore des grincements de dents, tout un arsenal de sons dessiné expressément pour détruire l'humanité du possédé, qui allait lui être rendue par antithèse, par les sons du miracle. Les descriptions des sons et gestes du démoniaque, rappelant des maladies comme la schizophrénie, suggèrent une réalité. Toutefois, les sons de la folie constituaient pour le public byzantin un cadre de référence autour duquel se trouvaient construites d'autres perceptions. Ils plaçaient celui qui les produisait à la fois dans la société (représentée par les témoins) et hors d'elle. Le malade-démoniaque faisait ainsi pendant au saint-guérisseur qui, en tant qu’intercesseur de la puissance divine, se trouvait lui aussi au sein de la société mais en dehors du quotidien. Lieux communs reproduisant les concepts et interdits d'une société médiévale ou déshumanisation par licence poétique ?

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