Le présent dans la performance liturgique: éléments de comparaison entre les procédés rhétoriques byzantins et latins
Le présent dans la performance liturgique: éléments de comparaison entre les procédés rhétoriques byzantins et latins
Maria Gorea-AutexierBig Hörsaal (BIG-HS)
Une distance vertigineuse sépare le « aujourd’hui » (σήμερον) du passé. On ne peut appeler le passé « aujourd’hui » et pourtant, la performance liturgique et le mouvement qu’elle génère abolissent la distance temporelle et ramènent le passé dans le présent. L’hymnologie (Romanos le Mélode) et la liturgie byzantines effacent le temps et suscitent la présence du divin, en faisant que l’événement se recrée et place l’auditoire à l’intérieur d’une scène sacrée, tout comme, pour Jean Damascène, l’icône est une « fenêtre » sur l’événement, intégrant son spectateur dans l’espace sacré. Ce qui est arrivé historiquement doit arriver au fidèle « maintenant » : d’où l’utilisation des formes de présent continu dans la rhétorique de Syméon le Nouveau Théologien. Il ne s’agit pas d’actes commémoratifs répétitifs, mais d’une rhétorique créant le mémorial d’une action unique, définitive. Cette « actualisation » n’est pas nouvelle : les cultes à mystère, dans le monde classique, visaient la ἐποπτεία, passer du récit à la vision directe. Le corpus latin classique martèle aussi le mot hodie, qui ne signifie pas « en ce jour anniversaire », mais « en ce jour-même, cet événement s’accomplit pour nous », et nunc, qui signifie l’instantanéité. La dramatisation croissante de la liturgie latine et une tendance à la représentation (repraesentare « rendre présent »), qui n’a pas pour but la commémoration de l’événement mais de manifester l’événement unique, le « revivre », a donné lieu à des célébrations de la semaine sainte qui s’imprègnent d’une théâtralisation progressive. Le trope Quem quaeritis qui relate la Visitatio sepulchri a marqué le point de départ, au Xe siècle, de véritables drames liturgiques qui se déroulent dans l’espace de l’église ou dehors. Il illustre la transition d’un texte liturgique en un véritable drame théâtral.
